Pierre-Octave Ferroud

Jeunesse

Il naît le 6 janvier 1900 à Chasselay, proche de Lyon. Son père, médecin, très cultivé ne pouvait voir que d’une bonne oreille une carrière artistique. Installé au piano à l’âge de 4 ans par sa mère, il jouait dès l’âge de 8 ans le Clavier bien tempéré de Bach.

Pierre-Octave Ferroud enfant

Pierre-Octave Ferroud adolescent

Plus tard, baccalauréat en poche, il entre à la Faculté des sciences de Lyon. Ses capacités au piano lui font envisager une carrière d’interprète mais un coup de manivelle lors de la réparation d’une voiture lui endommagea suffisamment le poignet pour devoir renoncer à ce projet. Il poursuit pour autant l’étude de la musique et entre en classe d’harmonie auprès d’Edouard Commette et se lie avec le violoncelliste Jean Witkowski. Il poursuit sa formation musicale en étudiant auprès d’Henri Costa de Beauregard.

En 1920, contraint de faire son service militaire à Strasbourg, il en profite pour suivre les cours de contrepoint de Marie-Jospeh Erb. Il y côtoie également le compositeur Guy Ropartz.

Pierre-Octave Ferroud, jeune homme.

 

Pierre-Octave Ferroud en tenue militaire

C’est l’époque où le Groupe des six se fait connaître à Paris. Depuis Strasbourg, Pierre-Octave Ferroud n’en perd rien et assiste à distance à la naissance d’une nouvelle musique. Il n’y est pas insensible et entreprend des travaux de contrepoint. Il restera toute sa vie un farouche défenseur de la notion de tonalité. Il exprime cette tonalité à travers une certaine complexité polytonale. Guy Ropartz voit se dessiner une personnalité musicale qui cherche à s’exprimer.

Premières compositions

En 1921, la Société des Concerts de Lyon ouvre un concours. Ferroud envoie une Sarabande pour petit orchestre. Elle sera primée et jouée en octobre 1921 sous la direction de G. M . Witkowski.

Fin 1921, il rentre à Lyon où il devient ami avec Florent Schmitt, le nouveau directeur du Conservatoire. Il poursuit sa formation et étudie l’orchestration avec G.M . Witkowski.

Autour de Florent Schmitt (1927)

Soutenu par deux nouvelles connaissances, François Maire et le Docteur Locard, Pierre-Octave Ferroud étrenne ses talents d’organisateur en organisant, dès 1922, trois concerts comportant des œuvres de Schönberg et de Bartok. C’est aussi l’année où commence à se répandre la musique enregistrée reproduite par le Pleyela. Il organise alors d’autres concerts en utilisant le tout nouvel appareil : Le chant du rossignol de Strawinsky, Pétrouchka, L’oiseau de feu tout en envisageant de développer les concerts sur fond de supports musicaux enregistrés. Cela attire l’attention des dirigeants de la maison PLEYEL à Paris, et notamment de Robert Lyon qui l’engage pour développer la musique enregistrée au côté de Jacques Larmanjat.

En 1923, il s’installe définitivement à Paris et arrive avec les partitions achevées de : Au parc Monceau, Types, Foules, Trois pièces pour flûte seule, Trois études, Prélude et forlane et les premières pages de ses mélodies A contre-cœur.

Triton

En 1932, une fondation américaine pour la pensée et l’art français lui remet le Prix Bluementhal. Première authentique consécration.
Mais cette année 1932 va modifier considérablement sa manière d’organiser son énergie. Il s’y adonnera avec enthousiasme, persévérance, ténacité. Un projet ambitieux fera de lui l’une des personnalités musicales les plus remarquées de son époque. Ce projet, c’est « Triton », société de musique contemporaine qui a notamment contribué à la formation et l’émancipation de toute une génération de compositeurs mais aussi d’auditeurs.

de gauche à droite, Hermann Scherchen, Pierre-Octave Ferroud, Igor Markevitch, Werner Reinhard et Filip Lazar.

A la fin 1932, il fait paraître le manifeste de Triton. Son but est de favoriser l’éclosion des œuvres de musique de chambre et d’assurer aux meilleures d’entre elles une bonne exécution dans l’espoir de toucher un public le plus large possible. Ne souhaitant pas se limiter, Triton se proposer d’utiliser toutes les ressources et techniques offertes par l’époque. Chacun des six concerts donnés chaque saison était radiodiffusé dans toute l’Europe.

Pierre-Octave Ferroud et le compositeur Lazlo Lajtha

Béla Bartok

Filip Lazar

Le premier comité d’honneur est composé de : Paul DUKAS, Maurice Ravel, Albert ROUSSEL, Florent Schmitt, Bela BARTOK, Alfredo CASELLA, Manuel de FALLA, Arnold SCHÖNBERG, Richard Strauss, Igor STRAWINSKY et Karol SZYMANOWSKI.
Le premier comité actif était lui constitué de : Pierre-Octave FERROUD, Jacques IBERT, Darius MILHAUD, Jean RIVIER, Henri TOMASI, Tibor HARSANYI, Arthur HÖNEGGER, Marcel MIHALOVICI et Serge PROKOFIEFF.
D’autres membres coordonnaient l’initiative en Europe. Ainsi les œuvres n’étaient pas jouées qu’en France.

Le premier concert se déroule le 16 décembre 1932. Il ne fallut pas longtemps avant que Triton remporte l’approbation du public ce qui poussa Pierre-Octave Ferroud à étendre son champ d’activité. Progressivement les concerts ne se cantonnèrent plus à la musique de chambre. Lorsque des œuvres plus importantes étaient acceptées, elles étaient données avec le concours de l’organisation des Concerts privés de l’Ecole Normale de Musique dirigée par Alfred CORTOT.

Dès la troisième année d’exercice, soit la saison 1934-1935, le comité actif se compléta des noms suivants : Henry BARRAUD, Marcel DELANNOY, Claude DELVINCOURT, Jean Françaix, Francis POULENC, Filip LAZAR, Igor MARKEVITCH, Bohuslav MARTINU et Gustavo PITTALUGA, tandis que le comité d’honneur accueillait Georges ENESCO.

Disparition

Grâce à l’énergie de Pierre-Octave Ferroud, les échanges entre compositeurs européens furent d’une grande richesse. Ce fut un festival de voyages, d’influences réciproques, de contacts où se concentraient toute la vie musicale vivante de l’époque. Sans Triton, plusieurs générations de compositeurs et d’auditeurs auraient complétement méconnu la musique de leur temps.

Pierre-Octave Ferroud et son fils

Ses activités cessèrent brutalement. Au cours de l’un des voyages qu’il effectuait en Hongrie pour préparer la prochaine saison de concerts, la voiture qu’il conduisait dérapa.
Pierre-Octave Ferroud fut tué sur le coup le 17 août 1936, près de Debrecen. Quelques jours plus tard, en l’Eglise d’Auteuil, le Quatuor Ortambert joua le Quatuor en ut qu’il venait juste d’achever de composer.
Présent ce jour-là, Henry Barraud écrivit quelques heures après. « Devant cette œuvre qui avait semblé austère à la première audition, devant cette phrase et ces harmonies sanglotantes, on découvrait avec une émotion profonde que le musicien disparu avait écrit par quelque prescience mystérieuse, sa propre marche funèbre ».

Pierre-Octave et Jolaine Ferroud lors d’un de leurs nombreux voyages

Cette disparition en plein jaillissement de carrière d’un des compositeurs les plus doués de l’école française d’entre deux guerre sonne comme une tragédie. Il a réussi dans cette courte vie à faire connaître la musique de son époque mais également à lui donner vie.
Nous rendons hommage à l’énergie de cette force de la nature. Henry Barraud poursuivait en écrivant « Au fond, peut-être y eut-il une sorte de cruelle logique dans cette fin brutale, au volant de sa voiture, d’un lutteur dont l’activité, maîtresse de tous les obstacles, ne pouvait trouver qu’en elle-même le principe de sa destruction. »
Florent Schmitt, au lendemain de sa mort, écrit : « En dépit d’une générosité et d’un dévouement admirables pour la musique des autres avant la sienne, sa propre production témoigne d’un labeur formidable. Cette invraisemblable activité, cette fièvre qui semblait le dévorer, d’agir en même temps que de créer, prend désormais une signification étrange, comme si le jeune musicien eut été hanté par l’obscur pressentiment de sa fin avant l’heure. Travailleur d’une rare conscience, dur à lui-même plus encore qu’aux autres, la technique Ferroud, allait de pair avec ce que l’on nomme communément l’inspiration. Il était par excellence de ceux dont on dit qu’ils ont le métier de leurs idées ».